Si seulement une voix, si seulement des mots plus puissants que le tonnerre pouvaient taire les canons de la guerre!
Quand, tremblante de rage l'âme n'est que démence Qui se lèvera?
Quand les âmes des opprimés luttent dans un climat de violence Qui se lèvera?
Quand la main de Dieu s'abat sur ce monde en une tornade furieuse, quand d'un léger froncement Il rassemble les nations Qui se lèvera?
Quand le Péché déploie ses ailes immondes au-dessus du combat navigue allégrement sur des flots mortels quand les âmes sont condamnées au feu éternel quand les démons de l'Enfer applaudissent ceux qui succombent O! qui se lèvera?
Qui osera se présenter devant Dieu? Qui en portera l'opprobre? Les rois et les nobles l'ont voulu!
Ton jouet quotidien c'est la clarté du monde. Visiteuse subtile, venue sur l'eau et sur la fleur. Tu passas la blancheur de ce petit visage que je serre entre mes mains, comme une grappe, chaque jour.
Et depuis mon amour tu es sans ressemblance. Laisse-moi t'allonger sur des guirlandes jaunes. Qui a écrit ton nom en lettres de fumée au coeur des étoiles du sud? Ah! laisse-moi te rappeler celle que tu étais alors, quand tu n'existais pas encore.
Mais un vent soudain hurle et frappe à ma fenêtre. Le ciel est un filet rempli d'obscurs poissons. Ici viennent frapper tous les vents, ici, tous. La pluie se déshabille.
Les oiseaux passent en fuyant. Le vent. Le vent. Je ne peux que lutter contre la force humaine. Et la tempête a fait un tas des feuilles sombres et détaché toutes les barques qu'hier soir amarra dans le ciel.
Mais toi tu es ici. Mais toi tu ne fuis pas. Toi tu me répondras jusqu'à l'ultime cri. Blottis-toi près de moi comme si tu craignais. Mais parfois dans tes yeux passait une ombre étrange.
Maintenant, maintenant aussi, mon petit, tu m'apportes des chèvrefeuilles, ils parfument jusqu'à tes seins. Quand le vent triste court en tuant des papillons moi je t'aime et ma joie mord ta bouche de prune.
Qu'il t'en aura coûté de t'habituer à moi, à mon âme seule et sauvage, à mon nom qui les fait tous fuir. Tant de fois, nous baisant les yeux, nous avons vu brûler l'étoile et se détordre sur nos têtes les éventails tournants des crépuscules.
Mes mots pleuvaient sur toi ainsi que des caresses. Depuis longtemps j'aimai ton corps de nacre et de soleil. L'univers est à toi, voilà ce que je crois. Je t'apporterai des montagnes la joie en fleur des copihués avec des noisettes noires, des paniers de baisers sylvestres.
Je veux faire de toi ce que fait le printemps avec les cerisiers.
J'ai faim de tes cheveux, de ta voix, de ta bouche, sans manger je vais par les rues, et je me tais, sans le soutien du pain, et dès l'aube hors de moi je cherche dans le jour la bruit d'eau de tes pas.
Je suis affamé de ton rire de cascade, et de tes mains couleur de grenier furieux, oui, j'ai faim de la pâle pierre de tes ongles, je veux manger ta peau comme une amande intacte,
et le rayon détruit au feu de ta beauté, je veux manger le nez maître du fier visage, Je veux manger l'ombre fugace de tes cils,
J'ai faim, je vais, je viens, flairant le crépuscule et je te cherche, et je cherche ton coeur brûlant comme un puma dans le désert de Quitratùe.
Un homme qui cultive son jardin, comme le voulait Voltaire. Celui qui est heureux que sur terre il y ait de la musique. Celui qui découvre avec plaisir une étymologie. Deux employés qui dans un café jouent silencieusement aux échecs. Le potier qui prémédite une couleur et une forme. Le typographe qui compose bien cette page, qui peut-être ne lui plaît pas. Un homme et une femme qui lisent les tercets finaux d'un certain chant. Celui qui caresse un animal endormi. Celui qui justifie ou veut justifier un mal qu'on lui a fait. Celui qui est heureux que sur terre il y ait Stevenson. Celui qui préfère que les autres aient raison. Ces personnes, qui s'ignorent, ce sont elles qui sauvent le monde.